Karen Demaison :

Bonjour Karen,

Vous dirigez “critères de choix”, cabinet de conseil en stratégie humaine et avez créé depuis 2 ans le blog “vers une articulation des temps de vie”. Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

J’ai une expérience professionnelle de 14 ans mêlant à la fois le conseil en organisation, la formation et les ressources humaines. Consultante et formatrice pendant 7 ans chez EFII (cabinet de conseil et de formation) puis chez Altran (cabinet conseil en ingénierie et Recherche & Développement) pour de nombreux clients du CAC 40. Puis, Responsable Ressources Humaines pendant 4 ans chez Altran.
Tout au long de mon parcours professionnel, j’ai su créer les opportunités pour pouvoir changer de métiers régulièrement : d’abord Responsable Assurance Qualité, consultante en organisation et formatrice, Responsable Ressources Humaines et enfin consultante indépendante en Ressources Humaines et Responsabilité Sociale d’Entreprise au sein de Critères de Choix, cabinet de conseil en stratégie humaine.

Qu’est-ce qui vous a amené à traiter cette problématique et quels sont les enjeux économiques et sociaux ?

La naissance de mon fils en 2006 m’a permis de prendre conscience de la difficulté à articuler la vie professionnelle avec la vie familiale. En septembre 2008, j’ai décidé de préparer un Master en Ressources Humaines et Responsabilité Sociale d’Entreprise à l’IAE de Paris, pour mettre en perspective mon expérience en Ressources Humaines et ainsi prendre du recul sur cette fonction.
Dans ce cadre, j’ai rédigé un mémoire d’analyse ayant pour sujet « Articulation vie professionnelle – vie familiale : la quête d’un impossible absolu ? Cas des salariés –parents : du discours aux pratiques des entreprises. » En effet, le 11 avril 2008, un événement a particulièrement retenu mon attention, celui du lancement de la Charte de la Parentalité, soutenue par Xavier Bertrand, Ministre du travail, des Relations Sociales, de la Famille et de la solidarité, et Nadine Morano, Secrétaire d\'Etat en charge de la Famille.

L\'objectif de cette Charte est de \"permettre une meilleure prise en compte de la parentalité au sein du monde professionnel.\" Mon expérience professionnelle, la rédaction du mémoire d’analyse ainsi que les cours suivis à l’IAE m’ont permis de faire le constat criant que l’articulation des temps de vie en entreprise était assez peu prise en compte.

J’apporte ainsi mes connaissances et expériences aux entreprises pour remettre l’humain au coeur de l’organisation. Ainsi, la thématique de l’articulation des temps en entreprise met en lumière d’autres thématiques comme l’organisation du travail, la prévention du stress (risques psychosociaux), l’égalité professionnelle homme–femme, la responsabilité sociale d’entreprise ou encore le développement de compétences dans un contexte de marché tendu.

Quelles évolutions rencontrez-vous actuellement ? Y-a-t-il une prise de conscience du rapport équilibre de vie – efficacité ?

Depuis 2008, il est intéressant de remarquer qu’il y a une dynamique autour de la thématique de l’articulation des temps de vie en entreprise : création de la Charte de la parentalité en entreprise en avril 2008, création de l’Observatoire de la Parentalité en Entreprise en novembre 2008, Club des Crèches d’Entreprises en 2010, Trophées de la parentalité en entreprise en novembre 2011.
De plus, la loi sur l’égalité professionnelle hommes-femmes (mars 2006) amène les entreprises à réfléchir à la thématique de la parentalité et des dispositifs liés à l’articulation des temps. Il y a effectivement une vraie prise de conscience du rapport équilibre de vie – efficacité.
J’ai mené en 2011 une étude sur l’articulation des temps de vie dans le secteur du conseil. J’ai pu interviewer 10 DRH dans 10 cabinets de conseil : Accenture, AT Kearney, BPI, Deloitte, Ernst & Young, etc…
Les enjeux dans ces cabinets sont différents car cela dépend beaucoup de la culture du cabinet de conseil et d’audit. Mais la finalité est la même : pouvoir fidéliser les talents et surtout attirer de nouveaux candidats notamment la fameuse génération Y.
Dans ces cabinets, il n’est pas rare pour un consultant en stratégie de travailler plus de 70 heures par semaine. Les cabinets de conseil et d’audit ont compris que la qualité de vie au travail est très importante et qu’il faut réinventer de nouveaux parcours de carrières pour plus de flexibilité et donc pour plus de performance au final.

Quelle compatibilité voyez-vous entre le besoin de flexibilité des entreprises et le travail à la carte, sous forme de missions variées ?

Aujourd’hui, les entreprises ont effectivement des besoins de flexibilité et n’ont pas forcément de solutions en matière de ressources humaines. De nouvelles formes d’organisation du travail ont vu le jour comme par exemple l’entrepreunariat- salarié (les entrepreneurs se regroupent en une coopérative d’activités et d’emplois pour proposer leurs services aux entreprises), le temps partagé (un cadre décide de partager son temps et travaille pour plusieurs employeurs comme RRH de plusieurs PME par exemple), le portage salarial (le porté met à disposition ses compétences aux entreprises clientes. La société de portage s’occupe de la partie administrative). Nous allons de plus en plus vers une autre forme de travail où le salariat n’est plus forcément la règle. Et, les individus sont également en quête de sens par rapport à leur travail.

Que pouvons-nous vous souhaiter pour l’avenir ?

Vous pouvez me souhaiter que dans 10 ans, le sujet de l’articulation vie professionnelle – vie personnelle sera partie intégrante des politiques de Ressources Humaines. Il y aura (peut-être) un audit « family friendly » dans les entreprises comme les audits ISO 9000 et 14001. Ce sera un critère de choix pour les futurs candidats à un emploi. Il sera donc nécessaire d’innover encore et toujours dans les mesures d’articulation vie professionnelle – vie personnelle.

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