Plouf, plouf…ce-se-ra-toi-le-ma-na-ger !

Par Rémi ARAUD, premiers de cordée

Jean, me racontait récemment ce qui lui était arrivé dans son entreprise, une PME d’une centaine de personnes.

Le contexte dans lequel elle évolue est particulièrement difficile, mais à force de travail, d’évolution et de rigueur, elle réussit à faire face. Après plusieurs années  très tendues, elle respire beaucoup mieux : les carnets de commande se gonflent, les clients sont satisfaits, les engagements respectés, l’augmentation du CA est soutenu. Et pour faire face à cet accroissement d’activité, des embauches sont prévus.

Pas de bol, il y a quelques semaines, le Directeur des ressources humaines, en poste depuis longtemps, annonce son départ. Il veut réaliser un projet qui lui tient à cœur depuis longtemps : faire pousser des chèvres sur le pont du Gard. Dans quelques semaines il sera parti.

Impossible de se passer d’un DRH ! Il faut de toute urgence le remplacer.

Jean me confiait attendre avec curiosité l’arrivée du nouveau DRH …. Quelle tête aura-t-il ? Sera-t-il plus souple que l’ancien ? Chevelu ou chauve ? A moins que pour une fois, l’entreprise ait la bonne idée d’embaucher une femme à ce poste ! Ça changerait un peu dans cet univers à 90% masculin.

Jean travaille comme chef comptable dans cette entreprise depuis de nombreuses années. Son truc à lui, c’est les chiffres, les tableaux, les bilans, les comptes clients, les factures, etc. Son travail de comptable lui plait, il le maîtrise très bien et  il donne entière satisfaction à sa direction. Sa synthèse d’entretien d’évaluation et la prime annuelle en attestent. En revanche, les paies – à part la sienne –, les contrats de travail, la réglementation du travail, le recrutement, la formation professionnelle, les accords –ou désaccords- avec les syndicats… bref, le job d’un DRH…sont bien loin de son monde.  

Moins loin qu’il ne pouvait l’imaginer car, il y a quelques  jours, son Directeur Général lui a annoncé, avec ce qu’il faut de solennité, qui était promu. Il le nommait …roulement de tambour : Directeur des ressources humaines.

J’ai bien senti dans sa voix, lorsqu’il me racontait cette histoire, un mélange d’incompréhension, d’inquiétude et de panique : « Je suis comptable moi ! Qu’est-ce que j’y connais en ressources humaines ? Rien ! Comment je vais faire ! J’suis mort ! Et ma nouvelle équipe avec !»

Étonnant, non ? Pour paraphraser Pierre Desproges.

Et vous avez raison, cette petite anecdote est tout droit sortie de ma cervelle en ébullition.

Et heureusement ! Personne n’aurait l’idée de nommer quelqu’un à un poste stratégique sans s’assurer d’au moins deux choses : son envie de remplir cette mission et les compétences minimums  pour assumer et assurer le job.

Et pourtant … Et pourtant !

Mon expérience auprès de nombreuses entreprises, m’a fait rencontrer de nombreux managers qui, non seulement n’avaient pas choisi de l’être, mais, surtout, n’avait jamais était formé à ce métier.

Et pourtant, il avait été nommé manager comme mon chef comptable fictif avait été nommé DRH.

Dans une grande surface, un employé libre-service exemplaire que l’on nomme chef de rayon pour remplacer Monsieur Raymond qui part à la retraite.

Dans une PME, un comptable expérimenté que l’on nomme chef de service pour encadrer les trois nouveaux comptables fraîchement embauchés suite à une croissance exponentielle.

Ce commercial itinérant que l’on nomme chef des ventes, comme une évidence au vu de ses résultats commerciaux explosifs.Ce mode de nomination nous amène à nous poser la question : manager est-il vraiment un métier ou ne serait-ce qu’une responsabilité secondaire – parmi tant d’autres –  que l’on confie  « à la one again » aux collaborateurs les plus automnes et les plus impliqués. Parfois même comme une assurance anti-démission ou une décoration honorifique ?

C’est vrai quoi, finalement, en gros, en résumé et pour être synthétique : il suffit de vérifier que le travail est bien fait, que les problèmes bloquant sont résolus, que les choses tournent à peu près normalement.

Pour répondre à cette question – manager est-il un métier ? –, je vous invite à examiner votre propre expérience de managé : Tous les managers qui vous ont encadré se valent-ils ? Certains ont-ils été motivants, impliquants … et d’autres ont-ils parfois réussi à vous décourager par leur attitudes, à vous donner envie de changer de navire, quitte à prendre le risque d’une traversée à la nage sans beaucoup de visibilité quant au prochain navire accueillant ? (traduction en français courant : envie de vous casser)

Avez-vous en mémoire un manager qui vous ait marqué ? Un manager qui vous donnait envie de vous lever le matin, que vous aviez du plaisir à voir, qui savait mêler une forte exigence qui fait grandir et une reconnaissance de vos efforts, vos progrès, vos résultats, un manager dans le regard duquel vous vous sentiez plus fort, plus respecté ? Un manager qui savait gérer une erreur pour ce qu’elle est…une erreur…et non pas pour ce qu’elle n’est pas : une faute, un sabotage…Un manager capable d’organiser son temps pour en donner individuellement et collectivement assez à chacun de ses collaborateurs…Un manager observateur, capable de discerner dans des ruptures habituelles de comportements positifs, les premiers signe d’une démotivation, un manager suffisamment délicat pour vous en parler sans vous vexer, sans vous mettre mal à l’aise, sans vous blesser. Un manager qui lorsque vous partiez en vrille savait vous recadrer, seul à seul, droit dans les yeux, en 20 secondes…et ne plus en reparler…

Quels étaient vos résultats avec ce manager ? Et les résultats de l’équipe ?  Et l’ambiance dans l’équipe ?

Et si vous n’avez pas eu la chance de croiser ce genre de manager, repensez à votre scolarité : Nous avons tous connus au moins un professeur qui savait mêler l’exigence et la reconnaissance … et nous ne sommes pas prêts de l’oublier. Cette matière si ingrate était devenue, avec lui, passionnante et nos résultats meilleurs que jamais.

Le recroiser aujourd’hui encore, dix, vingt, quarante ans après, est vécu comme un moment de bonheur, une madeleine de …………*

Oui, définitivement, manager est un métier. Bien fait, il provoque des choses étonnantes : Implication, résultats, plaisir, bien vivre au travail …

Et pour bien le faire, il faut des connaissances, des compétences précises, des savoir-faire, du discernement … comme dans n’importe quel métier !

Retrouvez Rémi Araud : www.premiers-de-cordee.com